Les Zones d’Education Prioritaire ont été créées par la gauche pour contribuer à construire une égalité entre les élèves. Or, cette politique, après plus de 20 ans, s’est affadie, notamment par une banalisation excessive. L’extension des ZEP à des territoires trop nombreux a dilué l’effort nécessaire pour ceux qui en ont réellement besoin. Trop de ZEP tue l’idée des ZEP.

Il est temps de redonner un nouveau souffle aux ZEP en définissant les conditions de leur réussite :

1ère condition : les ZEP ne sont pas des ghettos où l’exigence scolaire serait moins forte qu’ailleurs. Il ne s’agit pas tant de permettre à quelques élèves de ZEP de fréquenter des lycées d’excellence et d’accéder aux classes préparatoires, mais d’apporter l’excellence dans les ZEP. Pour cela, non seulement il faut donner plus à ceux qui en ont le plus besoin, mais surtout, il faut donner autrement. Ne pas dépasser 20 élèves par classe est une nécessité ; ça ne suffira pas si on applique à ces 20 élèves les mêmes méthodes pédagogiques qu’aux enfants dont le milieu familial est propice à la culture. Pour cela, il faut des enseignants non seulement formés et expérimentés, mais surtout des militants volontaires. Le système de notation et d’affection des professeurs est donc à redéfinir, de même que le corps enseignant ne devrait pas seulement être embauché sur concours mais aussi selon un profil, ce qui permettrait un meilleur suivi et une meilleure évolution de carrière des professeurs.

2ème condition : reconnaître qu’il n’existe pas de bonnes et de mauvaises filières. La culture technologique et professionnelle doit être ouverte à tous les élèves et non pas uniquement à ceux qui ne réussissent pas dans l’enseignement académique trop souvent considéré comme seule voie de la réussite. Pourquoi ne pas demander à des professeurs de lycées professionnels de venir enseigner en collège et à des intervenants extérieurs (industriels, DRH,…) d’enseigner dans les lycées et encore bien plus dans l’enseignement supérieur ? La diversification des voies de réussite doit aller de pair avec l’égalité des chances. Ceci dit, l’éducation et les CIO (Centre d’Information et d’Orientation) doivent avoir un devoir de vérité envers les élèves et ne pas les laisser se diriger vers des sections qui ne mènent pas à l’emploi (staps, musico, psycho,…).

3ème condition : la mobilisation de tous les acteurs publics autour de l’éducation. Là où, malgré les efforts de l’école, l’institution scolaire n’est plus en mesure d’assurer sa mission à elle toute seule, il faut créer un partenariat fort entre les équipes éducatives, les élèves et les parents avec pourquoi pas le développement d’internats d’excellence ou d’aide aux devoirs à la fin de la journée.

4ème condition : L’Education Prioritaire, pour être véritablement prioritaire, doit être exceptionnelle dans le temps parce que le premier objectif d’une ZEP est d’en sortir ; ce qui demande un travail d’auto-évaluation rigoureux par les enseignants eux-mêmes et par le directeur d’établissement.

Les ZEP ne peuvent pas être la réponse à la demande d’égalité des chances que l’Etat doit apporter à chaque Français : elles sont l’appui exceptionnel que la République doit consentir à des territoires d’où sa présence a diminué voire disparu. Les ZEP ne peuvent donc pas se substituer au traitement inégalitaire qui doit tenir compte des inégalités sociales et culturelles, et ce sur l’ensemble du territoire national.

Pour cela, c’est une nouvelle gestion des moyens de l’Education Nationale qu’il faut mettre en place, plus proche des réalités de chaque territoire, à partir d’un dialogue constructif entre les rectorats et les établissements qui devraient bâtir leurs projets pédagogiques en réseau.

C’est par l’action conjuguée d’une gestion inégalitaire des moyens sur l’ensemble du territoire et d’une politique d’éducation prioritaire massive, parce que ciblée sur les seuls territoires qui en ont besoin, que l’école retrouvera sa mission républicaine : donner à chaque enfant les mêmes chances de réussite, quelque soit son origine, sociale, ethnique, culturelle ou territoriale.